Mythologie

De Atsamiki
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L'ensemble des Mythes crées par les hommes. Bien que les mythes soient des histoires transmises de générations en générations, donc à priori fausses, ils recèlent toujours une part de vérité dans leur origine.


La Légende de Père de Tous

Au commencement étaient les Dieux, en lutte permanente dans ce lieu, l'univers, qui était alors vide. En lutte pour la suprématie, évidemment. Une lutte éternelle et vaine. Lorsqu'ils réalisèrent qu'ils ne pourraient jamais l'emporter par eux-mêmes et faire triompher leur essence, ils se décidèrent à s'allier, une seule et unique fois. Ils créèrent un monde, et y firent naître la première créature vivante, Père-de-Tous. Sa tâche était de faire en sorte que sur ce monde les idées du bien et du mal s'affrontent sans cesse. Ainsi, les dieux, observant le spectacle, pourraient voir leur lutte sous un nouvel aspect.

Père-de-Tous se mit à l'ouvrage. Il créa tout ce qui vit, une nature pleine à la fois de monstres et de merveilles, de beautés et de dangers. Il créa les prédateurs et les proies. Et lorsqu'il fut satisfait, il tira de sa chair les Six Premiers, desquels descendent tous les dragons. Il en consacra trois au mal, trois au bien. Tel était le rôle dévolu aux dragons : être les jouets de forces qui les dépassaient.

Les six premiers se reproduirent. Leur descendance se multiplia. Et, comme cela avait été voulu, les fils et les filles de Père de Tous s'affrontèrent dans un combat sanglant et sans merci. Les dieux étaient satisfaits, car leur combat prenait une nouvelle forme. En lieu et place de l'éternel équilibre auquel ils étaient condamnés, ils purent voir les victoires, les défaites, les trahisons, les repentances...

Mais Père de Tous, lui, enrageait et pleurait en secret, réalisant qu'il avait été dupé. Ce dans quoi il avait mis son âme, ce qu'il avait mis tant de temps à créer, n'avait aucun sens. L'étincelle de conscience qu'il avait placé dans ses enfants ne leur servait qu'à échafauder des plans pour guerroyer. Alors, en secret, il créa l'humanité. Il y mit sa chair pour qu'elle soit forte, il y mit ses larmes pour qu'elle se sache faible. Il y mit l'air, le feu, l'eau et la terre. Il y mit la conscience. Et surtout, il y mit la liberté. Ainsi, se dit-il, il existera au moins un peuple à l'abri du jeu absurde des dieux.

Mais nul n'échappe au regard des dieux. Bientôt, ces derniers découvrirent la trahison de Père de tous.

Ils ne pouvaient le punir, car sa mort aurait signifié la fin de la création. Alors ils l'emprisonnèrent. Ils saisirent son âme et la séparèrent en une infinité de sphères, chacune d'entre elles contenant un fragment…

La Légende des Sept Cristaux

Il fut dit souvent que notre monde est jeune, bien plus que ne le pensent certains... Malgré cela, personne ne connaît ou ne se souvient de sa genèse, n'est-ce pas étrange ? Peut-être ne voulons nous pas nous souvenir, peut-être cette histoire n'est-elle que par trop maudite pour que les Dragons l'acceptent. Moi qui suis humain, je n'ai pas peur. Je ne crains pas la vérité, aussi horrible pourrait-elle être... Et c'est ainsi que je me suis mis en quête, accumulant indices et hypothèses. J'ai bien dit hypothèses malheureusement, car aucun fait ne peut être vérifié.

Il est dit qu'au commencement étaient les étoiles, froides et solitaires, s'observant depuis une éternité sans réagir. Mais parmi cette immensité universelle, sept d'entre elles ne pouvaient supporter cette vie qu'elle ne ressentait pas. Autour d'elle, les lumières brillaient, mais ne créaient rien, et cela était insupportable aux yeux des Sept Etoiles.

L'une se mit en mouvement, gigantesque corps céleste fonçant vers ses soeurs, et alors qu'elle gagnait en vitesse, le feu qui l'auréolait s'éteignit et les autres étoiles assistèrent à l'apparition du coeur de leur soeur prise de folie. Un coeur de cristal, d'un gris profond et vibrant.

On dit que même lorsque elle eut tuée la première étoile, aucun autre astre ne réagit... Le cristal gris gagnait ainsi en puissance et en rage devant l'impassibilité de ces êtres qu'elle exterminait pourtant. Toutes sauf les six autres étoiles, qui se mirent alors en mouvement, effrayées par leur soeur grise.

De la même façon que pour leur aînée, au fur et à mesure qu'elles fuyaient, que le froid pénétrait au plus profond d'elles, on pu les voir dans une nouvelle splendeur. Six étoiles, six couleurs différentes. Bleu, jaune, vert, blanc, noir et rouge, voici les reflets de ces cristaux à la lumière des rares étoiles vivantes encore.

Mais fuir ne servait à rien. Derrières ces six soeurs, la grise gagnait toujours en vitesse et en force, et voyant enfin que d'autres étoiles s'étaient réveillées, elle n'en devint que paradoxalement que plus furieuse. Les six fuyardes n'eurent pas d'autres choix que de tuer à leur tour afin de gagner en puissance, et pouvoir lutter contre l'étoile première...

Et il advint enfin que l'espace fut noir, noir comme la mort devait l'être, car les Sept Cristaux avaient annihilé toutes lumières... Les sept entités s'immobilisèrent pendant une seconde éternité, et dans un synchronisme parfait, s'élancèrent de nouveau, mais cette fois, pour s'affronter enfin. Voguant à travers l'obscurité, elles se percutèrent toutes en même temps, en un point unique...

Et ainsi naquit Atsami...

L'énergie issue du choc se transforma sous l'effet de la vitesse et de la magie de ces Sept Cristaux, et une terre apparut. Oh, certes, ce n'est pas le monde que nous connaissons, ce n'était alors qu'un désert poussiéreux, battus par les vents et les orages, mais cette terre était Atsami.

Les Cristaux originels s'étaient transformés eux aussi. Poussières, énergie entre autres. L'onde de vie qui animait autrefois ces étoiles se dissipa à travers l'espace, et au hasard des fluctuations, leurs soeurs assassinées ressuscitèrent. Mais là n'était pas le plus merveilleux, car des Cieux, sept masses tombèrent, sept gemmes, pures, parfaites, derniers reliquats des belligérantes. A peine les gemmes avaient-elles touchées le sol que nombre d'arbres et de plantes jaillirent du sol et s'épanouirent. Elles qui avaient semé la désolation dans les cieux venaient se repentir en donnant la vie sur cette terre. Les branches et les feuilles se tendirent vers ces cristaux. La terre s'agita en vain les entourer, l'air souffla sur les pierres, et ces dernières se mirent à pulser, comme un coeur se mettant à battre. Doucement, imperceptible, puis le son se fit plus présent et fit frémir les jeunes pousses sur le sol. Atsami retenait son souffle...

La terre devint chair, le vent devint esprit, l'eau devint sang, et le feu de la magie devint conscience. La première créature étendit ses ailes au soleil, et leva ses yeux qui ne cilleraient jamais vers l'étoile la plu proche, celle qui était le soleil de ce monde. Il ouvrit la gueule sur des crocs luisants et tranchants, et poussa un rugissement terrifiant... Il était gris, de la même teinte que la première étoile tueuse, et sa rage était immense. Il regarda ce monde sur lequel il était condamné à vivre, et eut la désagréable surprise de voir qu'il n'était pas seul. Devant lui, six autres dragons étaient apparus à leur tour. Les six autres couleurs... Plus petits, plus faibles, ils étaient pourtant tout aussi animés de mauvaises intentions...

Ces sept Dragons se souvenaient de ce qu'ils avaient été, et ressentaient avec une intensité exacerbée la prison qu'était ce corps de chair. Leurs esprits ne pouvaient plus embrasser l'ensemble de l'univers, et ces étoiles réincarnées avaient dans la foulée perdue des choses que nous ne pourrons jamais appréhender.

- Voyez ce que nous sommes, parla le reptile gris, s'essayant à un mode de communication instinctif. Nous avons perdu notre place dans le firmament. - La faute à qui, répondirent les six, en choeur. Nous étions heureuses parmi nos soeurs avant que tu ne sombres dans la folie.

Ces deux paroles scellèrent peut-être le destin d'Atsami, peut-être en sentons-nous encore les conséquences aujourd'hui. Les Sept Dragons ne dirent pas un mot de plus, et se jetèrent une nouvelle fois les uns sur les autres. Les Six Couleurs se liguèrent toutes contre le gris, et celui-ci, malgré sa taille et sa puissance ne pu résister longtemps. Son corps nouveau né souffrit bientôt d'une multitude de blessures par lesquelles s'écoulèrent son sang, sa vie. L'esprit du Gris s'étiola peu à peu, et il s'effondra de faiblesse aux pieds de ses congénères. Sa conscience vacillait entre la vie et la mort... Il sentit la mort étreindre le cristal qui lui servait de coeur, et la magie de sa naissance fondre peu à peu.

Et le premier sortilège en Atsami fut lancé. Un sortilège jamais égalé à ce jour, plus puissant et plus terrible que celui qui provoqua la Fissure que nous connaissons aujourd'hui. Le Gris puisa en lui, puisa en ses sentiments les plus noirs, et parla une dernière fois...

- Vous avez arraché de vos griffes ma vie, la vie stellaire, celle que rien ne pouvait éteindre. Ce corps meurt, mais je survivrais en chacun de vous. Je vous maudits, je vous force à prendre ma couleur au fur et à mesure que vous gagnerez en puissance. La lumière des étoiles brille en vous, et vous ne mourrez jamais. Je vous condamne à porter ma Couleur durant votre vie éternelle.

Ainsi mourut le premier Dragon. Sa malédiction s'accomplit encore aujourd'hui... Maintenant, peut-être ne regarderez vous plus les Dragons Gris de la même façon.

On dit qu'après avoir entendu cela, les Six couleurs décidèrent de laisser pourrir le cadavre au soleil. Et cela marque le deuxième changement radical dans le jeune monde d'Atsami, sur lequel je reviendrai plus tard. Les dragons au cœur de cristal quittèrent l'endroit, et explorèrent ce monde, laissant derrière eux les premières constructions, maisons, grottes, tours, forteresses. Ils préparaient un monde pour leurs descendants. Car en effet ils donnèrent naissance à de nouveaux reptiles, chacun arborant sur ces écailles une des couleurs originelles, mais jamais de gris. Ces dragons grandirent à leur tour, gagnèrent en puissance, et changèrent de couleur tandis qu'ils mourraient pour renaître de suite, jusqu'à ce que les Six Couleurs les virent devenir du même gris que le premier être qu'elles avaient tué. Devant ce spectacle, le remords s'empara de leurs esprits anciens et affaiblis. Se réunissant une nouvelle fois depuis le jour de leur naissance, ces dragons originels décidèrent de s'exiler, et du jour au lendemain, ils avaient disparu. Plus jamais leurs descendants ne les virent marcher à leurs côtés, et nul ne sait où chercher ces formidables êtres, eux qui furent des étoiles jadis. Les seuls dragons ayant un cristal à la place du coeur...

Quant au cadavre de l'Etoile Grise, il ne disparut pas dévoré par les bêtes, ou par la pourriture. Le Cristal battit une dernière fois, et se brisa de nouveau, tout comme le coeur originel de l'étoile s'était brisé une première fois, et le phénomène qui avait donné naissance au dragon se répéta, mais à une échelle plus petite...

Et ainsi naquirent les Hommes...


L'Origine du Monde, par Siloane

Au commencement était la solitude.

L’Unique était là, et Il y était seul. On ne peut pas dire qu’Il vivait puisque le temps n’existait pas. Simplement Il était. Ni homme, ni femme, Il était l’Unique.

Et la conscience émergea. Avait elle un corps ou un esprit pour l’abriter ? Nous ne le savons pas, car tout était ténèbres, il n’y avait ni ombre ni lumière pour créer la vue.

Et la conscience eût mal, la douleur naquit au fond d’elle. Ainsi le mal fut créé avant le bien, car sans mal il n’y a nulle nécessité au bien, comme l’ombre n’existe que par la lumière. Et elle nomma ce mal, car le verbe est créateur. Elle le nomma : « solitude ».

Et l’Unique se sentit puissant, car Il avait créé le mot, et cela lui donnait pouvoir sur son mal

Et Il sut. Et lentement Il prit forme, car la douleur est énergie, et de l’énergie jaillit la création. Et Il ne fut plus l’Unique, et Il sut que son temps était révolu, car dorénavant ils étaient deux. Chacun jaillit de Lui, mais tous deux différents. Désormais ils étaient mâle et femelle, ils étaient Faedus et Eliavel.

Et chacun prit conscience de la présence de l’autre, et cela les réchauffa, et de ce premier émoi jaillit la lumière. Elle naquit, vive et brûlante, du cœur de ces deux êtres, et s’étendit jusqu'à n’être plus qu’une douce lueur baignant toutes choses.

Et soudain ils furent pleins de détresse, car ils ne pourraient plus jamais n’être qu’un, parfaitement unis. L’Unique n’était plus.

Et ils décidèrent que désormais les êtres devraient laisser leur empreinte ; et de leur souffrance et de leurs espoirs fut créée la chair. Elle fut faite faible et mortelle mais chaude et ferme. Et une dimension s’ajouta à ces deux êtres. Les deux enveloppes charnelles se déployèrent dans la lumière, tous les deux semblables d’aspect et si différents. D’abord troncs, contenant vie et fragilité. Puis pattes et griffes pour le défendre. Emergèrent ensuite un long cou sinueux et sa tête, pour abriter conscience et pensée.

Avec la tête affluèrent les sens. Et Faedus vit Eliavel. Et Eliavel vit Faedus. Et la peur arriva, car ils étaient vulnérables. Et ils forgèrent des écailles à la flamme de leur angoisse, et des ailes pour la fuir.

Alors Faedus regarda Elaviel et vit sa splendeur. Et Elaviel regarda Faedus, car c’était bon. Et ils eurent conscience de leurs actes, et de leurs corps. Et Elaviel rougit et émit le premier souffle. Alors l’air prit consistance, et leurs ailes durent les porter. Les muscles créés se mirent en action, et la fatigue apparut. Alors se fit sentir le besoin de repos, et celui d’une terre où exister. Le besoin d’exister tout court. Désir de vivre. Et la parole créatrice arriva. Et un nom leur fut donné, montant dans la gorge de Faedus. Ils étaient « Dragons », les premiers nés. Et comme Faedus émettait les sons, Elaviel étira aussi ses muscles. Un lent sourire se forma le long de sa mâchoire, révélant les crocs acérés qui auraient pu le déchirer. Et Faedus se sentit nu. Et il eut conscience que l’autre était différente. Alors dans un même élan les deux dragons s’approchèrent.

Et s’insinua la curiosité. Ils voulurent alors se découvrir. L’autre étant alors le seul inconnu dans ce monde. Et comme ils avaient déjà formé qu’un, ils s’unirent a nouveau. Et les ailes se mêlèrent dans les airs. Et les queues s’entrelacèrent. Et les yeux brillèrent, s’humidifièrent, et une larme de joie s’échappa. Alors ils se séparèrent dans un sursaut, une ultime contraction de tous leurs muscles.

Et de leur union naquit une terre. Ca n’était tout d’abord que le plus infime des grains de sable. Mais il était plus précieux que tout pour les deux amants. Et de leur amour réunis autour de lui il tira la force de s’étendre.

Et de grain de sable il devint continent, puis univers. Et cet univers était encore en devenir. Et apparut tout ce qui fait la terre, montagnes et vallées, volcans et plaines. Et plus l’univers croissait et plus il était aimé. Et plus il était aimé, plus il embellissait. Et alors les choses ne se contentèrent plus d’être et de ne plus être, elles passaient. Ce fut le temps. Il y eût un avant, il y eu un après.

Et les lois de l’attraction s’appliquèrent alors. Et le temps s’écoula inexorablement, entraînant toute chose avec lui. Et la larme coula. Et elle tomba sur la terre. Et de là naquirent les eaux, qui fertilisèrent toutes choses. Et elles prirent force et ampleur. Et elles recouvrirent les terres. Alors les terres les absorbèrent, se gorgeant de vie. Et naquit l’équilibre. Car désormais existaient continents et abysses, et chacun avaient leur place.

Alors enfin purent se reposer les amants. Et les deux êtres s’étendirent sur la terre, se couvrant de leurs ailes. Goûtant enfin le repos, enlacés sous le ciel. Et vint la nostalgie des cieux qui les avaient abrités. Alors ils sortirent de leurs cœurs les astres, pour briller à leur place dans la voûte céleste. Ainsi s’écoulèrent de nombreuses années de bonheur partagé. Vivant littéralement d’amour et d’eau fraîche.

Il fût cependant un matin de trouble. Ce matin là, Faedus et Elaviel virent la colère de la terre qu’ils avaient créée. Celle-ci tremblait et s’ouvrait, déversant les flots rouges de sa colère. Alors Faedus entraîna Elaviel dans les airs. Mais ce refuge passé ne pouvait plus les abriter car la lave bouillonnait et jaillissait jusque dans les cieux. Alors ils durent contempler cette rage destructrice, inquiets pour leur création.

Et lentement ils comprirent l’origine de ce trouble. Car eux étaient vie et chair, et cela les comblaient, mais la terre n’était que roc inerte. Alors ils voulurent créer la vie. Et chacun s’attela à la tache, puisant dans leurs âmes pour modeler la matière et lui donner souffle. La douce Elaviel créa les végétaux qui couvrent la terre et s’en nourrissent, ne formant qu’un avec elle et lui partageant leur vie. Puis elle fit les habitants des eaux, grouillants, et peuplant jusqu’au fond des profondeurs. Faedus, lui, créa les bêtes, les faisant de la plus petite à la plus grosse et de la plus simple à la plus complexe. Alors la terre devint vie.

Et ce monde nouveau fut autonome et établit ses propres lois. Les arbres poussaient, les saisons changeaient et la vie se multipliait, recouvrant toute la surface. Alors Faedus et Elaviel prirent conscience qu’ils n’étaient plus seuls. Ils n’étaient plus qu’une goutte dans l’océan. Et ils voulurent qu’au milieu de ce grouillement s’établisse leur genre. Mais ils ne savaient pas comment procéder pour créer âme et esprit tels qu’ils en étaient dotés. Certes ils auraient pu se diviser ainsi que l’Unique l’avait fait pour eux. Mais ils ne pouvaient se résoudre à se séparer et disperser leur esprit. D’ailleurs ceux qui seraient issus d’eux ne feraient peut être pas de même et alors leur sacrifice serait vain. Il leur fallait donc trouver un autre chemin vers leur objectif.

Et lentement dans leurs cœurs germait l’espoir de réaliser ce rêve. Si bien que toute la création en fut affectée. Et l’univers entier se mit au travail. Et pendant des jours le vent souffla, murmurant dans les branches. Et la terre se mélangea avec l’eau, tous deux ne formant plus qu’un. Eau et vent modelèrent l’argile, et toutes les créatures vinrent y verser leur sang et leur sueur pour la façonner et la polir. Et la pierre prit forme et vie. Bientôt, on pût voir sur la terre un nid de verdure abritant six formes dépolies. Elles se tenaient là, massives et imposantes. Et elles étaient rondes, telles des galets charriés par la colère des vagues. Mais aussi grosses qu’un de ces lapins bondissants. Et belles plus que tout. Lumineuses comme les étoiles abritées par la nuit, resplendissant d’une douce lueur.

Alors Faedus et Elaviel entendirent le murmure du vent et ils surent qu’ils avaient trouvé leur voie. Et ils se mirent en route, traversant plaines et forets, survolant les mers et cours d’eau. Et cote à cote ils partagèrent leur fatigue et leur peine, mais aussi leur espoir. Et ils finirent par rejoindre le fruit concrétisé de leur rêve. Alors, mus par un instinct venu du plus profond de leurs entrailles, ils soufflèrent leur flamme sur le nid nouvellement apparu. Et les formes au cœur de ce feu d’amour et de flammes devinrent œufs porteurs de vie.

Durant des jours ils les réchauffèrent, le vent attisant le brasier et le bois l’alimentant. Alors, lentement, comme l’air était troublé par la chaleur, s’ouvrit une porte dans l’éther. Et de là les six créatures tirèrent leur âme. Patiemment elles agrippèrent un fragment à travers la porte, l’étirant et le ramenant à elles. Et enfin elles eurent cette âme tant désirée. Une âme qui ne serait rien qu’à elle et qu’elles pourraient chérir avant de rejoindre à nouveau l’éther avec tout leur être. Et lorsqu’il en fut ainsi le feu n’eut plus de raison d’être. Alors vint la pluie, douce et fraiche, amenant le calme sur toutes choses. Et de la rencontre de l’eau et du feu s’éleva une longue colonne de fumée blanche. Et ainsi tous surent que les six êtres avaient été créés.

Alors les deux dragons furent enfin en paix, sachant que leur œuvre serait accomplie. Et ils se lovèrent autour des œufs, se couchant en rond sur le sol, et étendant une aile au dessus d’eux. Ainsi les jeunes embryons pouvaient sentir la chaleur de leurs corps. Et chaque jour un peu plus l’on pouvait distinguer les formes et détails minuscules, les écailles apparaissant une à une, épousant les formes et révélant le futur animal. Et curieusement les six œufs se paraient de couleur. C’étaient de légères teintes pastelles qui étaient tout d’abord apparues et s’étaient incroyablement intensifiées jusqu'à briller de couleurs lumineuses. Et lentement ils maturèrent, laissant croître chaque partie de leur corps. A travers la fine coquille translucide, l’on pouvait voir les extrémités s’allongeant et prenant de l’épaisseur, les organes se mettant en place et commençant doucement à palpiter. Mais jours et nuits s’écoulaient sans que rien ne vienne déranger cette harmonie, comme s’ils n’allaient jamais cesser de grandir sans jamais venir à la vie.

Les lunes passèrent, les dragonneaux tissant leurs corps autour de leurs âmes. Et avec une infinie lenteur reptilienne ils arrivèrent à terme, corps et âme parfaitement mêlés.

Et vint le matin du premier jour ; même s’il y en avait eu d’autres avant lui, tel était son nom.

Ce matin-là, l’air subit une infime vibration, et l’onde se heurta à la membrane de l’aile d’Elaviel. Ce matin-là, le sol propagea le plus léger des tressautements. Alors Elaviel souleva son aile gracieuse et contempla sa couvée. Et l’univers retint son souffle, attentif.

Alors se produisit le miracle. Ce fut d’abord un très léger éclat de l’œuf qui partit, puis une fente qui se propagea tout du long, dessinant une ligne sombre au gré des grains du calcaire. Et alors la coquille vola en éclats, l’air gonfla les poumons du nouveau né, et la vie fut. Puis un, deux autres œufs se fissurèrent et bientôt tous furent sortis de ces coquilles où ils avaient maturé avant d’entrer dans le monde.

Alors s’étendit le plus beau des sourires draconiques le long des bouches écailleuses de Faedus et Elaviel. Et Faedus étendit son aile protectrice, poussant ses petits hors du nid. Il était maintenant temps pour eux de découvrir le monde.

Ainsi furent nés les six dragons des origines : bleu, blanc, jaune, vert, rouge et noir, ils étaient, donnant naissance à une nombreuse descendance. Ainsi resta vide le nid de verdure où ne reposait plus que les débris de coquille, traces du glorieux passé où un dragon y avait reposé. Et au fond d’eux gisaient les sacs vitellins, mères nourricières des sauriens durant ces longs mois pour pouvoir venir à la vie. Et les anciennes matrices, devenues dépôts grotesques et inutiles, eurent mal de leur condition. Et aigreur et rancœur naquirent dans leurs cœurs.

Alors comme la partie d’eux qui s’en était allée ils saisirent une conscience, agrippèrent une âme et se construirent. Ils n’avaient pas d’amour pour les entourer et leur donner la vie mais qu’importe, ils avaient leur rancœur ! Ils construirent leur chaire, modelant patiemment les membres, et les étirant. Et comme ils n’étaient que résidus, il n’y avait matière ni pour une queue, ni pour des ailes. Mais cela les rendait uniques parmi la création. Et ils se tinrent debout, mettant là leur orgueil. Et fiers de s’être formés tous seuls, chair faible et tendre sans écailles, mais autonome. Et se dressèrent les créatures aux peaux blanches, jaunes, cuivrées et noires. Et ils se nommèrent « Hommes », car ainsi qu’ils s’étaient formés seuls ils se nommaient seuls. Et désormais ils erreraient sur la terre, chacun selon sa propre direction, en quête de leurs moitiés draconiques.

La genèse de la Mythologie, par Sindar le sage

Voir Paladins des Cieux

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